Les vérités cachées sur le krach bancaire

Le secteur bancaire n’est pas à la fête en Bourse depuis le début de l’année 2016. Cela a commencé par les banques italiennes avec leur niveau de créances douteuses. Ensuite, la Deutsche Bank refait des siennes à propos de sa solidité financière sachant qu’elle a une exposition sur les produits dérivés qui outrepasse largement le PIB de l’Allemagne. Ensuite, la Société Générale qui s’était pris le tapis avec l’Affaire Kerviel en 2008, dit à la communauté financière qu’elle révise à la baisse ses objectifs de rentabilité tout en essayant de la rassurer sur son exposition sur le secteur pétrolier. Pour éclairer votre lanterne, voici les éléments cachés du krach bancaire sans faire du banking bashing.

Doutes sur leur solvabilité réelle

Analyse de la solvabilité du secteur bancaire

Globalement, toutes les banques citées sur le graphique ci-dessus (sauf Banca Monte dei Paschi di Siena) ont amélioré leur solvabilité globale (capitaux propres/total des actifs). Les banques américaines sont largement devant leurs concurrents européens en excluant l’Italien Intesa. Vous remarquerez que les banques françaises avec leur modèle universel ne sont pas de si bons élèves dont la lanterne rouge est le Crédit Agricole avec un ratio de 3,15 % en 2014.

En gros, les chiffres de solvabilité globale ne doivent pas être pris pour argent comptant. Vous devez prendre connaissance de la qualité des actifs de la banque en question. Par exemple, une banque X a une solvabilité globale de 5 %, il suffirait d’avoir une dépréciation d’actifs de l’ordre de 5 % pour qu’elle dépose le bilan. Certains lecteurs diront qu’il faut plutôt se référer aux exigences de Bâle 3. Effectivement, la plupart des banques parviennent à les remplir sauf qu’elles ont l’autonomie de faire leurs propres calculs.

Le fardeau des produits dérivés : Prémisse d’un futur krach bancaire ?

Deutsche Bank : Un boulet à plus de 50000 milliards d’euros

Montant de produits dérivés de Deutsche Bank en 2014
Source Document de Référence 2014 – Deutsche Bank

Sur l’avant-dernière ligne de la cinquième colonne en partant de la gauche, Deutsche Bank a une exposition sur les produits dérivés de l’ordre de 52003 milliards d’euros en 2014. Cela représente près de 18 fois le PIB de l’Allemagne. Mieux ne pas avoir un grain de sable sur le marché de taux.

BNP Paribas : La première banque française n’est pas épargnée

Montant produits dérivés de BNP Paribas
Source Document de Référence 2014 – BNP Paribas

Quand le secteur bancaire fait la une de l’actualité, la plupart des médias mainstream en France préfèrent se focaliser sur les problèmes de la Deutsche Bank ou les créances douteuses des banques espagnoles ou italiennes, puis essayent de noyer le poisson dans l’eau dans le cas des banques françaises. Néanmoins, pour eux, c’est peine perdue parce que de nombreux lecteurs veulent concrètement la vérité même si c’est douloureux à court terme.

BNP Paribas qui est la banque française la plus solide du CAC 40 a une exposition non négligeable sur les produits dérivés proche de 40000 milliards d’euros. Par rapport au PIB de la France, c’est le même ordre de grandeur que pour la Deutsche Bank avec le même problème sur les marché de taux. Quelle coïncidence !

Le problème des taux négatifs

Mettre les taux de dépôt en territoire négatif sur les réserves des banques a pour but de les inciter à prêter un peu plus à l’économie réelle. Malheureusement, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Par ailleurs, la nouvelle génération d’entrepreneurs qui a en mémoire le krach bancaire en 2008, privilégie le côté participatif par l’intermédiaire du crowdfunding même si les banques prennent conscience de cette tendance. Par ailleurs, il se peut que la chute des cours de Bourse du secteur bancaire s’explique par l’aggravation future des taux de dépôt vers la zone rouge.

Quant aux effets des taux négatifs à moyen terme, voici des tweets d’Edward Harrison de Credit Writedowns qui intervient dans l’émission Boom Bust chez RT. Cela vaut mieux qu’un long discours technocrate.

La carte bancaire bientôt obsolète dans les prochaines décennies ?

Le business model des banques repose sur trois activités : l’activité de détail, la gestion d’actifs et la banque de financement et d’investissement. Le second et le troisième sont soumis aux aléas des marchés financiers et du cycle économique. Quant à l’activité de détail, elle dégage une bonne rentabilité grâce à la récurrence du mode de paiement par carte bancaire. Par exemple, lorsque vous faites vos courses à Carrefour et réglez par carte bancaire, ayez à l’esprit que le géant de la distribution paie une commission à sa banque.

D’après une analyse de l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) fin 2014, le résultat d’exploitation des banques françaises s’élève à 23,4 milliards d’euros pour l’activité de détail, 7,8 milliards d’euros concernant la gestion d’actifs et 7,4 milliards d’euros pour la banque de financement et d’investissement. Ainsi, vous comprenez que l’activité de détail est un beau trésor de guerre pour le secteur bancaire.

Croyant être à l’abri grâce à une réglementation impossible à percer par la concurrence, les banques risquent de déchanter avec l’avancée technologique caractérisée par l’envie de désintermédier différents services. Les fintechs en sont une preuve et font bouger les lignes dans ce secteur oligopolistique. Pour enfoncer le clou, les grands mastodontes du secteur technologique comme Apple, Google, Microsoft, Samsung et bien d’autres travaillent sur des services pour habituer le consommateur à payer avec le smartphone avec une technologie permettant de réduire les tentatives de fraude.

Depuis quelques années, les autorités gouvernementales durcissent la loi sur le paiement en liquide. À première vue, les banques peuvent s’en réjouir car alimenter un distributeur de billets coûte cher. Néanmoins, elles devraient plutôt s’inquiéter du destin de la carte bancaire parce que les concurrents qui s’attaquent à ce créneau rentable, sont d’un autre calibre avec des moyens financiers plus conséquents et font preuve de créativité.

Un krach bancaire justifié au niveau structurel

L’effondrement des cours de Bourse des banques sur longue période est flagrante. Elles peinent à renouer avec leurs niveaux d’avant-crise, illustre le manque de confiance des investisseurs et le scepticisme auprès des particuliers qui cherchent des alternatives financières pour se prémunir d’un nouveau scénario à la Lehman Brothers.

Personnellement, le krach bancaire actuel me semble justifié par la spirale déflationniste. Premièrement, les fintechs attaquent l’ensemble de leurs activités et sont prêtes pour durer parce qu’elles apportent un vent de fraîcheur dans le monde de la finance et font en sorte de le rendre plus accessible aux particuliers. Deuxièmement, les banques sont en surcapacité dans les métiers de management et de commerciaux et devraient à terme fermer une partie de leurs réseaux bancaires pour survivre parce que la relation client existe de moins en moins sachant que leurs produits financiers ne sont pas compétitifs. Enfin, les grands acteurs du secteur technologique comme Apple, Google, Microsoft ou encore Samsung n’auront pas de difficulté à convaincre les particuliers d’adopter leur future technologie de paiement car les faits seront en leurs faveurs.

En gros, le business model des banques sera certainement remis en question. En France, nous avons cinq grandes banques : BNP Paribas, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Société Générale et BPCE (Banque Populaire – Caisse d’Épargne) et dans un monde déflationniste, une consolidation serait logique. À court terme, elles ne se laisseront pas faire mais les vents contraires entraîneront leur propre perte.

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Sovanna Sek
Sovanna SEK est un investisseur de long terme passionné par la Bourse avec pour modèle, Warren Buffett. Il vous donne des conseils pratiques pour construire et gérer un portefeuille boursier rentable sur le long terme.

Il est également un défenseur de la stratégie buy and hold et de l'or.

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