Évaluer la solvabilité d’une entreprise : 8 critères financiers à respecter

comment étudier solvabilité entreprise

Vous faites votre analyse financière sur une entreprise cotée en Bourse. Mais une chose vous tracasse, c’est sa solvabilité. Vous avez en mémoire ce qui s’est passé chez Lehman Brothers. Ce qui vous empêche de prendre une décision franche.

Je vais vous poser une question combien y a-t-il d’entreprises de réputation internationale hors secteur financier en faillite depuis 2008. Très peu ou aucun. En tout cas, je n’en ai pas une en mémoire. La plupart d’entre elles possèdent un business viable avec des profits réels.

Voici un exemple qui peut éliminer votre angoisse sur la solvabilité financière d’une entreprise.

Revenons à nos moutons.

Évaluer la solvabilité d’une l’entreprise est indispensable. Elle doit vous renseigner :

  • Si elle n’est pas dans une situation critique pour financer ses activités,
  • Si elle a les reins solides pour faire face aux tempêtes boursières et monétaires.

L’erreur que vous faites souvent pour analyser la solvabilité est de vous focaliser uniquement sur l’endettement. Peut-être que vous avez été traumatisé par les cours de comptabilité générale durant votre scolarité.

Ne comptez pas trop sur les analystes financiers pour vous dire ce qui cloche. Parce que les investisseurs particuliers ne sont pas leur centre d’intérêt.

Moi, je vais vous le dire. Si vous souhaitez avoir une meilleure opinion de la pérennité financière de l’entreprise. Vous devez regardez la qualité des actifs que possède l’entreprise. Pour être franc, toutes les catégories d’investisseurs la négligent parce qu’ils sont obsédés par le retour sur investissement.

Pour ne louper pas le moindre détail, voici 8 critères financiers à surveiller de près pour savoir si la structure financière de l’entreprise est bonne ou pas.

La tendance du niveau de la dette financière

Il est probable que ce sera votre premier réflexe. Vous allez sûrement regarder sur MSN Money ou Investing.com, sa tendance sur quelques années.

Si elle est baissière, vous allez bien dormir sur vos lauriers. Votre analyse financière sur l’entreprise en question sera réalisée avec sérénité parce que sa solvabilité n’est pas mise en danger.

Dans le cas contraire, devez-vous inquiéter ?

Oui, si la croissance du chiffre d’affaires et des bénéfices ne suivent pas dans la durée.

Non, si l’entreprise se finance à crédit pour capter de nouveaux relais de croissance même si vous devez rester sur vos gardes.

Pour être honnête avec vous, évaluer la solvabilité d’une entreprise uniquement par la dette est une erreur de débutant. Moi-même, je suis tombé dans le panneau pendant plusieurs années sur cette idée reçue. En réalité, la dette n’est pas un cancer si elle est bien utilisée.

Vous allez voir par la suite que la dette n’est pas suffisante pour avoir une vue d’ensemble de la solvabilité.

Le levier financier

Son calcul se fait en divisant les dettes financières par les capitaux propres. Ce ratio financier permet de savoir si l’entreprise s’est plus ou moins financée sa croissance à crédit par rapport à ses propres ressources.

Si vous voyez qu’il est supérieur à 100 %, la prudence sera de mise. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que ça sent le roussi pour l’entreprise en question. De votre côté, vous avez intérêt à analyser ses fondamentaux tant sur le plan financier que du business.

Levier financier = dettes financières / capitaux propres

Le gearing, un ratio financier à prendre avec légèreté

Au sein de la communauté financière, c’est l’un des ratios financiers les plus suivis. Son analyse est similaire à celui du levier financier à la différence que vous devez retrancher les dettes financières par la trésorerie. Le journal hebdomadaire Investir Les Echos le met en avant dans son cahier central.

Cela n’engage que moi. Le gearing est juste une ingénierie comptable pour rendre la mariée un peu moins moche. Une trésorerie importante peut masquer le niveau des dettes financières par rapport aux capitaux propres.

Gearing = (dettes financières – liquidité ou trésorerie) / capitaux propres

La liquidité, un critère en cas de risque systémique

Elle mesure la capacité de l’entreprise à répondre aux échéances financières à moins d’un an ou à court terme. Il existe trois niveaux de liquidité :

La liquidité immédiate

R1 = Liquidité immédiate = Liquidité ou trésorerie / Dettes financières à court terme

Si R1 > 1, la trésorerie de l’entreprise couvre les échéances financières à court terme.

En règle générale, les grosses capitalisations boursières ont un ratio de liquidité immédiate assez bas parce qu’elles préfèrent investir une grande partie de leur trésorerie au lieu de la laisser dormir dans des comptes bancaires.

Sur ce point, je pense qu’elles auront raison à terme. Sans jouer les prêcheurs de l’apocalypse, elles savent que leurs comptes bancaires peuvent être gelés en cas de situations extrêmes. Les élites financières sont en train de préparer des mesures contre le cash et éviter des bank run. Soyez vigilant parce que ça peut arriver par surprise.

La liquidité restreinte

R2 = Liquidité restreinte = (Créances clients + Liquidité et Valeurs mobilières de Placements) / (Dettes financières à court terme + dettes d’exploitation)

Si R2 > 1, l’entreprise n’a pas besoin d’écouler ses stocks pour payer ses échéances à court terme.

Si R2 1, l’entreprise doit écouler ses stocks pour payer ses échéances à court terme.

La liquidité générale

R3 = Liquidité générale = (Stocks + Créances clients + Liquidité Valeurs mobilières de Placements) / (Dettes financières + Dettes d’exploitation)

Si R3 > 1, l’entreprise a les reins solides pour faire face à ses échéances à court terme à partir de ses actifs courants et son fond de roulement est positif.

Si R3 < 1, l’entreprise n’a pas la surface financière au niveau de ses actifs courants pour faire face à ses échéances financières à court terme et son fond de roulement est négatif.

Si R3 = 1, le fond de roulement est nul alors l’entreprise reste dans une situation précaire pour payer ses échéances financières à court terme.

Le goodwill, élément mortel pour la solvabilité de l’entreprise ?

En français, on l’appelle « écart d’acquisition ». Le goodwill est comptabilisé dans le bilan comptable dans le cadre des opérations de fusions-acquisitations qu’on appelle généralement les OPA (Opérations Publiques d’Achat). Cela signifie que l’entreprise rachète ses concurrents pour acquérir de la croissance externe et gagner des parts de marché. Généralement, ces opérations se réalisent à un prix supérieur à la valeur de marché.

Vous êtes du côté de la proie. Vous allez vous réjouir pour votre cours de Bourse si votre prix de revient est optimum.

Vous êtes du côté de l’acquéreur. Vous pouvez voir votre cours de Bourse baisser si l’opération est dilutive. Quant aux bénéfices, vous devez faire preuve de patience.

Mo-même, je le vis actuellement sur Air Liquide avec l’acquisition onéreuse sur Airgas.

Maintenant, si la part du goodwill est importante dans le bilan des actifs, l’entreprise prend un risque pour sa solvabilité financière. En cas de crise prolongée, vous pouvez avoir dans votre portefeuille, un fardeau. Pourquoi ?

Elle sera contrainte à faire de fortes dépréciations d’actifs et rétrécir son bilan. Par conséquent, il est logique que les résultats financiers soient impactés négativement.

Le ratio capitaux propres / total des actifs

Vous voulez être un peu plus objectif sur la solvabilité d’une entreprise. Mettez de côté la dette financière. Essayez de raisonner d’une manière différente par rapport aux professionnels de la finance.

Vous voyez peut-être que j’ai un côté prétentieux. Franchement, je ne cherche pas à être au-dessus de la mêlée sur les compétences financières.

En plus, c’est simple à calculer. Divisez les capitaux propres par rapport aux total des actifs. Pourquoi prendre le total des actifs ? Parce qu’il englobe tout le bilan comptable. Basta !

Solvabilité globale = capitaux propres / total des actifs

Par définition, c’est la capacité financière de l’entreprise à faire face à des dépréciations d’actifs qu’ils soient courants, non courants ou les deux. Ce qui signifie que les capitaux propres doivent être suffisants pour les couvrir.

Selon l’auteur du site les-crises.fr Olivier Berruyer, une entreprise non financière se doit d’avoir une solvabilité globale entre 25 et 50 %. Pour remémorer de mauvais souvenirs, les dépréciations d’actifs sont la cause principale de la faillite de Lehman Brothers, la fusion de la Banque Populaire et de la Caisse d’Épargne pour cacher les pertes financières de Natixis, et du fardeau grec pour le Crédit Agricole.

La notation financière de l’entreprise

Notation des agences de notation

C’est en quelque sorte la perception des agences de notations sur les facteurs de risque auxquels l’entreprise sera confronté.

Soyons simple.

Les agences de notation évaluent le risque de la solvabilité d’une entreprise ou sa capacité à honorer ses échéances financières. Pour cela, elles doivent scruter un par un, les différents facteurs de risque auxquels elle sera confrontée.

Ce que vous devez savoir, c’est que les investisseurs institutionnels regardent ça de près. En effet, ils ont une politique d’investissement à respecter. Lorsque qu’ils gèrent de gros capitaux, investir sur des actions en catégorie spéculative n’est pas forcément leur priorité.

Imaginons qu’une entreprise voit sa notation entrer dans la catégorie spéculative. Alors les investisseurs institutionnels ont de fortes chances de retirer leur billes pour aller voir ailleurs.

Dernière chose à savoir. Ce sont les Américains qui ont pratiquement le monopole pour noter les entreprises internationales et les États.  Il existe des divergences.

Par exemple, Gazprom a connu des dégradations successives en moins de deux mois de la part de Moody’s, S&P et Fitch  sous prétexte de l’accentuation des risques géopolitiques en Ukraine. À l’opposée, l’agence chinoise Dagong l’a noté AAA.

Enfin, dans les documents de référence, elle est notée en toute discrétion. Pas sympathique pour la disponibilité de l’information pour les actionnaires individuels.

La dette nette / EBITDA : Assurez vos arrières

C’est le commentaire de Patrick qui m’a mis la puce à l’oreille. Vous allez vous rendre compte que ça va changer votre vision sur l’analyse de la solvabilité d’une entreprise.

Ce qui compte dans une dette, c’est de la rembourser. Le gearing ou le levier financier n’indique rien sur la santé réelle de l’entreprise. Alors qui est ce fameux ratio financier ? La réponse est la dette nette / EBITDA.

Elle vous permettra de savoir combien de temps l’entreprise va rembourser la dette. Le seuil critique à ne pas dépasser est de 5. Toutefois, je privilégierais l’EBIT pour une meilleure réalité financière parce que l’EBITDA n’inclut pas les choses qui fâchent comme les amortissements, les dépréciations et les provisions.

Ne pas vous prendre la tête

Ayez à l’esprit qu’évaluer la solvabilité d’une entreprise représente une partie de l’analyse fondamentale. Vous n’êtes pas obligé de prendre les critères un par un pour vous sentir rassuré. Si j’étais vous, je retiens sans hésitation, le ratio capitaux propres / total des actifs et la dette nette / EBITDA.

Lorsque vous achetez une action, ce qui vous importe, c’est la création de valeur pour l’actionnaire. Malgré les mauvaises langues de l’efficience des marchés, la croissance des bénéfices reste le facteur clé de l’évolution du cours de l’action même si les marchés financiers ont un temps d’avance.

La solvabilité de l’entreprise. Oui ce n’est pas négligeable. Mais vous devez relativiser parce que le management de l’entreprise porte une grande attention.

Bref, essayez de maîtriser les grandes lignes de l’analyse fondamentale au lieu de vous inquiéter sur des éléments spécifiques. Vous allez simplifier sainement vos décisions d’investissement.

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Sovanna Sek

Sovanna SEK est un investisseur de long terme passionné par la Bourse avec pour modèle, Warren Buffett. Il vous donne des conseils pratiques pour construire et gérer un portefeuille boursier rentable sur le long terme.


Il est également un défenseur de la stratégie buy and hold et de l’or.


2 thoughts on “Évaluer la solvabilité d’une entreprise : 8 critères financiers à respecter”

  1. Bonjour Sovanna,

    Il est toujours bon de rappeler l’importance du taux d’endettement et que si c’est une bonne chose quand il est faible, cela peu constitué un problème quand il est élevé.

    Vous ne prenez pas en compte que des ratios tirés du bilan, ce qui ne nous dit rien quant à la capacité de l’entreprise à faire face au service de la dette.
    Une entreprise avec un taux d’endettement de 50% peut très bien avoir des difficultés pour rembourser sa dette quand une autre entreprise endettée à 200% n’aura, elle, aucune difficulté.

    Pour faire face au service de la dette, il faut générer des bénéfices, du cash. il faut donc un ratio avec des éléments du compte de résultat et du bilan

    Le ratio Dette nette/EBITDA est très employé, un ratio inférieur à 3 – 3.5 est considéré comme bon, c’est bien évidement variable suivant le secteur, au-dessus l’entreprise risque d’avoir des soucis. Plutôt que l’EBITDA, on peut également employer le résultat opérationnel.

    Patrick.
    Patrick Articles récents…De l’homo sapiens à l’homo investicusMy Profile

  2. Bonjour Patrick ,

    Par rapport à ton commentaire, je voulais faire un article en relation avec le bilan comptable afin que mes lecteurs puissent avoir des points de repère.

    Quant au ratio dette nette/EBITDA, c’est un indicateur qui mérite une certaine attention de la part des investisseurs particuliers.

    Cordialement.

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