Comment analyser le bilan actifs passifs sans trop se tromper

Toute comme le compte de résultat, analyser un bilan actifs passifs regorge d’éléments clés sur la rentabilité et la solvabilité d’une entreprise cotée en Bourse. Vous devrez le faire sur une période longue entre 5 et 10 ans afin de faire un meilleur jugement.

Après le blabla théorique, une étude de cas sur le bilan de l’entreprise agroalimentaire suisse, Nestlé, vous permettra de comprendre l’importance de ce document comptable.

C’est quoi un bilan actifs passifs

C’est un document comptable qui retrace le patrimoine de l’entreprise d’un côté ce qu’elle possède, les actifs et d’un autre côté ce qu’elle doit, les passifs. En faisant une équivalence en sport collectif, c’est en quelque sorte le classement du championnat, selon Christophe Thibierge, auteur du livre Comprendre Toute la Finance.

Tableau détaillé du bilan actifs passifs

ACTIFS PASSIFS

Actifs non courants :

– Immobilisations corporelles

– Immobilisations incorporelles

– Immobilisations financières

– Goodwill

– Autres actifs non courants

– Impôts différés

– Instruments financiers

 

Passifs non courants :

– Dettes financières long terme

– Impôts différés

– Intérêts minoritaires (parfois reportée dans la partie capitaux propres)

Actifs courants :

– Stocks

– Créances clients

– Charge à régler à l’avance

– Liquidité et investissement à court terme

– Autres actifs courants

Passifs courants :

– Dettes financières court terme

– Compte débiteur

– Dettes fiscales et sociales

– Frais à payer

– Autres passifs courants

Capitaux propres :

– Actions préférentielles

– Actions ordinaires

– Ajout de capitaux

– Bénéfices non distribués

– Réserve d’actions ordinaires

Les Actifs, ce que l’entreprise possède

Immobilisations corporelles

Ce sont des actifs tangibles que l’entreprise utilise durablement pour le développement de ses activités.

Immobilisations incorporelles

Ce sont des actifs non tangibles que l’entreprise utilise durablement pour le développement de ses activités.

Immobilisations financières

Ce sont des actifs financiers détenus par l’entreprise dans une perspective de long terme que ce soit stratégique ou pas. Par exemple, cela peut être des titres de participation dans une autre entreprise ou encore des placements financiers.

Goodwill

C’est un actif survalorisé par rapport à sa valeur de marché. Un élément du bilan actifs passifs à ne pas négliger en cas de conjoncture économique morose.

Stocks

Dans l’industrie ou le commerce, ce sont des biens produits conservés dans les entrepôts avant l’éventualité de vendre aux grossistes ou aux clients.

Dans des entreprises de service, ce sont des projets d’étude ou des études de marché réalisés en amont avant l’exécution finale.

Créances clients

C’est la future rentrée d’argent de l’entreprise que leurs clients n’ont pas encore réglé.

Charge à régler à l’avance

Ce sont des achats de biens ou de services commandés en attendant la livraison physique.

Liquidité et Investissement à court terme

C’est l’argent disponible dans les comptes bancaires ou les coffres-forts de l’entreprise. Cela peut être également des prêts ou des placements à court terme comme les SICAV1 monétaires qui sont des titres obligataires à très court terme.

La légende de l’investissement, Warren Buffett a confié que c’est le premier élément financier qu’il regarde pour savoir si l’entreprise a un avantage compétitif durable.

Les passifs, ce que l’entreprise doit

Dettes financières long terme

Ce sont des emprunts à régler sur une échéance supérieure à un an.

Intérêts minoritaires

Ce sont des parts du capital des sociétés dont la société-mère détient moins de 100 %, qui revient aux actionnaires minoritaires. Certaines entreprises les incluent en faisant monter artificiellement les capitaux propres. Sachant qu’ils n’appartiennent pas à la société-mère, la logique voudrait qu’on les range du côté des passifs non courants.

Dettes financières court terme

Ce sont des emprunts à court terme ou de long terme arrivant à échéance.

Compte débiteur

C’est l’argent que l’entreprise doit payer après réception de la facture à ses fournisseurs, ses prestataires et ses sous-traitants.

Frais ou charge à régler

C’est l’argent que l’entreprise doit payer dans l’attente de la facture.

Les capitaux propres, ce qui concernent les actionnaires

Les capitaux propres sont la part investie par les actionnaires dans le capital de l’entreprise. Pour eux, c’est un élément incontournable. En effet, ce sont eux qui prennent la plus grande part du risque. Pire encore, ce seront les derniers à être remboursé en cas de faillite ordonnée de l’entreprise.

Ils seront très importants pour analyser le bilan actifs passifs sur le plan de la rentabilité et la solvabilité financière.

Actions préférentielles

Ce sont des actions sans droit de vote donnant droit à des dividendes qui peuvent être versés avant ceux de l’actionnaire. Elles sont prioritaires par rapport aux actions ordinaires.

Actions ordinaires

Ce sont des parts propres de l’entreprise détenues par les actionnaires qui ont le droit de voter aux assemblées générales et toucher leurs dividendes.

Ajout de capitaux

C’est l’augmentation de capital de l’entreprise par la création de nouvelles actions.

Bénéfices non distribués

C’est la rentrée d’argent gagnée par l’entreprise qui n’est pas distribuée aux actionnaires.

Réserves d’actions

Ce sont des rachats d’actions conservées dans le capital de l’entreprise avec l’option de les remettre sur la table si besoin est.

Étude de cas avec Nestlé

Par simplicité, vous listez les éléments clés du document comptable en plus du résultat net et d’exploitation sur un tableau pour calculer les ratios de rentabilité et de solvabilité.

En million de CHF 2010 2011 2012 2013 2014
Résultat d’exploitation 12143 12471 13388 13068 10905
Résultat net 8777 9487 10228 10015 14456
Capitaux propres 61867 56797 61007 62575 70130
Total des actifs 111641 114091 125877 120442 133450
Goodwill 27031 29008 32688 31039 34557
Dettes financières court terme 12617 16100 18408 11380 8810
Dettes financières long terme 7483 6207 9008 10363 12936
Dettes d’exploitation 12831 14240 13869 12968 14024
Stocks 7925 9255 8939 8382 9172
Créance clients 12083 13340 13048 12206 13459
Liquidité ou trésorerie 8057 4938 5713 6415 7448
Capitaux engagés* 73910 74166 82710 77903 83888

*Capitaux engagés = Capitaux propres + Dettes financières court terme + Dettes financières long terme – Trésorerie

Analyse de la rentabilité de Nestlé

2010 2011 2012 2013 2014
Retour sur capitaux propres (ROE) 14,19 % 16,7 % 16,77 % 16 % 20,61 %
Retour sur actifs (ROA) 7,86 % 8,32 % 8,13 % 8,32 % 10,83 %
Retour sur capitaux engagés (ROCE) 16,43 % 16,81 % 16,19 % 16,77 % 13 %

Le retour moyen des capitaux propres, sur actifs et sur capitaux engagés s’établissent respectivement de 16,85, 8,69 et 15,84 %.

Tout d’abord, l’augmentation sensible entre 2013 et 2014 du ROE est liée à celle du résultat net via la cession de parts d’actions de l’Oréal et également par le fait que Nestlé a distribué moins de 50 % de ses bénéfices nets aux actionnaires.

Ensuite pour l’évolution positif du ROA, c’est purement pour des raisons comptables parce que le résultat net a une croissance annuelle supérieure à celle du total des actifs.

Enfin, la baisse notable du ROCE est due à des dépréciations d’actifs et une perte sèche via l’hyperinflation au Venezuela.

Pour faire des comparaisons sectorielles, vous devez le faire par rapport à Danone, Kraft Food Group ou Mondelez. Sans me vanter, le Suisse reste un mastodonte avec une capitalisation boursière de plus de 250 Md$ à l’heure où j’écris.

Analyse de la solvabilité de Nestlé

2010 2011 2012 2013 2014
Levier financier 32,49 % 39,27 % 44,94 % 34,75 % 30,24 %
Gearing 19,47 % 30,58 % 35,57 % 24,5 % 19,62 %
Liquidité immédiate 0,64 0,31 0,31 0,56 0,85
Liquidité restreinte 0,79 0,6 0,58 0,77 0,92
Liquidité générale 1,1 0,91 0,86 1,11 1,32
Goodwill / Total des actifs 24,21 % 25,43 % 25,97 % 25,82 % 25,9 %
Solvabilité globale 55,42 % 49,78 % 48,47 % 51,95 % 52,55 %

Le niveau de liquidité immédiate est à première vue inquiétant mais c’est une normalité de la part des grandes entreprises internationales. En effet, ses dernières choisissent de ne pas laisser en sommeil leur trésorerie dans leurs comptes bancaires.

Ensuite, le levier financier et le gearing sont à des niveaux acceptables. D’un autre côté, il faudra vérifier son rythme d’investissement sur le tableau de flux de trésorerie afin de savoir si elle fait le nécessaire pour maintenir ses parts de marché.

Enfin, Nestlé respecte la préconisation d’Olivier Berruyer (entre 25 et 50 % pour les entreprises non financières) à propos de la solvabilité globale.

À noter qu’une dette financière peut être renégociée par l’entreprise auprès de ses créanciers. Par contre, une dépréciation d’actif a des effets pervers : obligation de faire des provisions sur perte, rétrécissement du bilan, restructuration, etc.

Pas besoin de tout analyser le bilan actifs-passifs

Pour conclure, si vous avez un horizon d’investissement long ou très long terme, je vous rassure qu’il n’est pas nécessaire de calculer tous les ratios financiers issus du bilan actifs passifs pour investir sereinement en Bourse. Par contre, les connaître permet d’acquérir des compétences de base sur la comptabilité, donc améliorer votre culture financière.

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Source Web :

Comprendre Toute la Finance de Christophe Thibierge – http://www.comprendretoutelafinance.fr/

1SICAV (Société d’Investissement à Capital Variable)

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Sovanna Sek
Sovanna SEK est un investisseur de long terme passionné par la Bourse avec pour modèle, Warren Buffett. Il vous donne des conseils pratiques pour construire et gérer un portefeuille boursier rentable sur le long terme.

Il est également un défenseur de la stratégie buy and hold et de l'or.

6 commentaires on “Comment analyser le bilan actifs passifs sans trop se tromper”

  1. Bonjour Romaric,

    Même s’il y a quelques éléments du bilan qui ne donnent pas d’indications fondamentales sur la réalité financière de l’entreprise, c’est toujours bon de les savoir. Pour les spécialistes de la comptabilité, une remise à niveau ne fait pas de mal. Quant aux investisseurs ayant un horizon d’investissement de long terme comme moi, cela semble primordiale pour bien sélectionner leurs titres.

    Cordialement.

  2. Salut Sovanna,

    Le bilan, c’est la fondation. Plus il est solide mieux c’est.

    Perso, je ne construirai jamais les bases de mon portefeuilles d’actions personnel sur des titres au bilan fragilisé.

    C’est simple, un mauvais bilan représente la première raison d’éliminer un titre potentiel. Plus tôt vous comprendrez et appliquerez cette règle mieux se portera votre portefeuille d’actions.

  3. Salut Martin,

    Exact !

    Le bilan est un document comptable permettant de savoir si l’entreprise est bien gérée par le management. Pour avoir le cœur net, il faut l’analyser sur une période longue. Ensuite, on pourra en tirer des conclusions.

    Cordialement.

  4. Bonjour,

    Article clair et très intéressant.

    Dans le tableau détaillé actifs passifs en début d’article, où faudrait-il ranger les provisions pour risques et charges : dans les passifs courants ou dans les passifs non courants ?
    Merci pour vos éclaircissements.
    Serge

  5. Bonjour Serge,

    Les provisions pour risques et charges à courte échéance (moins d’un an) seront rangées dans les passifs courants. Pour les plus longues dans les passifs non courants. Il ne faut pas oublier que ce sont des pertes estimatives de la part de l’entreprise. Prenez l’exemple de la Deutsche Bank avec toutes les casseroles qu’elle traine.

    Cordialement.

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